Biennale d’architecture 2016 | Pavillon allemand : Making Heimat.

Biennale d’architecture 2016

Pavillon allemand : Making Heimat.

31. mai 2016 | Texte : Jasmin Jouhar
Temps de lecture estimé : 2 minutes, 30 secondes

Un vent frais souffle sur l’Allemagne. « L’Allemagne est une terre d’immigration », affirmait récemment Barbara Hendricks, ministre fédérale de l’environnement, de la protection de la nature, de la construction et de la sécurité nucléaire, à l’occasion de l’inauguration de la contribution allemande à la Biennale d’architecture 2016 de Venise. « C’est ce que nous revendiquons. Il n’en a pas toujours été ainsi. » Une légère brise flotte dans l’air au pavillon allemand du périmètre des expositions de la Biennale. Quatre nouvelles ouvertures grandes comme des portails et pratiquées dans les murs garantissent une bonne circulation de l’air. Une maison ouverte – c’est ce que souhaitaient le commissaire général et directeur du Deutsches Architekturmuseum (musée allemand d’architecture), Peter Cachola Schmal, son équipe et les architectes de Something Fantastic. Le service de conservation des monuments historiques de Venise a accordé son autorisation.

Biennale d’architecture 2016 - Pavillon allemand

La contribution « Making Heimat. Germany, Arrival Country » est une déclaration aussi éloquente que marquante. Les percées, l’ouverture, et enfin la vue longuement attendue sur la lagune de Venise : l’intervention sur ce bâtiment chargé d’histoire se décrypte immédiatement, autant sur le plan ambiant que politique. Des chaises en plastique blanche bon marché sont disposées çà et là sans ordre apparent. Des piles de briques encore emballées sous film plastique attendent pour à nouveau murer les ouvertures à la fin de la Biennale. Jusque-là, elles servent de bancs ou de comptoirs. Et jusque-là, aucune porte, aucune grille n’interdissent les accès au pavillon, ouvert 24 heures sur 24 – certes à l’intérieur de l’enceinte du périmètre d’exposition qui, pour sa part, est clôturé.

Le deuxième niveau de la contribution allemande est tout aussi éloquent : sur la base des thèses de l’auteur canadien Doug Sanders, les commissaires de l’exposition ont développé une présentation assez haute en couleurs sur les « Arrival Citys », donc les quartiers des villes d’arrivée. Quel environnement les immigrés se construisent-ils, et de quoi ont-ils besoin pour mener une vie réussie et prospère dans leur nouvelle patrie ? De logements abordables et de bonnes écoles, bien sûr, mais aussi d’un réseau composé d’autres immigrés et de locaux de vente bien accessibles au rez-de-chaussée afin d’y fonder de petites entreprises. Les huit lignes directrices sont illustrées par des exemples comme celui du centre-ville d’Offenbach ou de l’hypermarché vietnamien Dong-Xuan-Center de Berlin-Lichtenberg.

Dans une salle du pavillon, les organisateurs montrent en outre un choix de centres d’hébergement pour réfugiés, saisis avec le magazine d’architecture Bauwelt dans la base de données www.makingheimat.de. Il n’y est pas question de « Bonnes pratiques », mais d’une présentation de prototypes libre de jugement. C’est ici que la contribution est la moins convaincante, car pourquoi le pavillon allemand devrait-il se faire la plate-forme scénique de bâtiments banals et pragmatiques ? Pourquoi ne pas mettre à profit le regard de l’opinion publique architecturale du monde entier, braqué sur cette présentation, pour y montrer des édifices exemplaires ? Une architecture qui ne se limite pas à loger l’être humain, mais qui l’accueille. Toutefois, une seconde chance se profile : à partir de février 2017, Peter Cachola Schmal et son équipe montreront une version actualisée de l’exposition chez eux, au musée d’architecture à Francfort.