Biennale d’architecture 2016 | Travail en coulisses : des déchets enchanteurs

Biennale d’architecture 2016

Travail en coulisses : des déchets enchanteurs

12. juillet 2016 | Texte : Carmen Wolf
Temps de lecture estimé : 2 minutes, 45 secondes

14 kilomètres de profilés d’acier, 10 000 mètres carrés de plaques de plâtre, 100 tonnes de déchets au total : ainsi se présentait le legs matériel de la Biennale d’architecture 2015 de Venise. En 2016, les déchets ont eu droit à une deuxième vie : Alejandro Aravena les a transformés pour en faire deux fantastiques halls d’entrée pour l’actuelle Biennale d’architecture.

L’exposition principale de la Biennale d’architecture est la déclaration centrale du spectacle et dispersée sur deux sites sous l’intitulé « Reporting from the Front » : d’une part, le pavillon central dans les Giardini et d’autre part, l’ancienne Corderie sur le site de l’Arsenale. Le commissaire général de la Biennale 2016, le Chilien Alejandro Aravena et son équipe ont aménagé eux-mêmes un hall d’entrée sur chacun des deux sites, halls conçus sous forme de coulisses de leur exposition – cette partie m’a enchantée et profondément impressionnée. Fidèles à leur principe qu’il faille aujourd’hui penser et aborder l’architecture de manière durable, ils ont eu l’idée d’agencer la salle avec les matériaux des constructions de la précédente Biennale d’art. C’est fantastique de voir ce qu’ils sont parvenus à réaliser à partir de la quantité incroyable de 100 tonnes de déchets, composé de 14 kilomètres de profilés d’acier et de 10 000 mètres carrés de plaques de plâtre.

Pour ces deux installations spatiales, les plaques de plâtre ont été brisées et empilées en longueurs irrégulières, avec l’arête de rupture vers l’avant, jusqu’à une hauteur d’environ 2,20 mètres tout le long des murs de briques existants. Dans l’Arsenale même, un couloir court et bas, revêtu de noir, mène directement de l’entrée jusqu’à cette pièce. Intégré dans la paroi en plaques de plâtre, plusieurs écrans miniatures diffusent des courts-métrages documentant l’évolution de l’exposition globale et la naissance de l’installation elle-même. Les profilés de métal ont été attachés à des treillis d’armatures et suspendus sur toute la superficie du plafond, de manière à largement pendre dans l’espace intérieur. L’éclairage est assuré par plusieurs sources de lumière montées juste au-dessous du plafond entre les profilés de métal. Voilà pour les données matérielles. L’effet émotionnel agissant sur les visiteurs va nettement plus loin.

Tels de gros troncs d’arbre, quatre piliers massifs en briques partiellement enduites, qui existaient déjà auparavant, sont disposés dans la salle. Sous le plafond, ils disparaissent dans la couronne métallique. Le feuillage d’acier scintille légèrement dans la froide lumière artificielle similaire à la lumière du jour, et forme sur le sol un jeu d’ombres et de lumières abstrait. Le visiteur voit et ressent littéralement comment le soleil de midi transperce le feuillage dense. Un agréable ombrage s’étend sur ce grand jardin. On aurait presque envie d’étendre une couverture de pique-nique, de s’asseoir sous les arbres majestueux et de passer la journée à rêver, un verre de vin blanc frais à la main.

Reporting from the front

(Potos: Carmen Wolf)

Reporting from the front

D’une part, Alejandro Aravena confronte ses visiteurs avec la quantité de déchets pouvant survenir lors de l’organisation d’une exposition, et pose la question : combien faut-il qu’il y en ait, combien peut-on supporter et accepter ? D’autre part, il démontre quelles merveilleuses salles il est possible de créer au moyen de matériaux prétendument inutiles. Ce faisant, il parvient à puiser dans le répertoire complet de ce que l’architecture peut être et devrait être. L’architecture devrait être simple et compréhensible, sensuelle et animée de poésie – à travers cette installation, ma revendication personnelle est satisfaite.

Pour en savoir plus sur Alejandro Aravena, commissaire général de  « Reporting from the Front », consultez son portrait du blog FSB.